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Je ne sais pas ce que je suis en train de faire. Vous non plus, apparemment. Que cela ne nous empêche pas de réfléchir, chacun de notre côté...

04 mars 2005

RSI

Tentative forcement incomplète et réductrice – incomplète et réductrice parce qu'il serait présomptueux d'affirmer avoir saisi dans toutes ses subtilités un enseignement qui résiste à toute présentation linéaire, synthétique et intuitive – de se pencher sur ce qu'il en est des trois registres autour desquels gravite la pensée Lacanienne :
le Réel, le Symbolique et l'Imaginaire.

Il faut, pour approcher ces trois registres, s'éloigner du sens commun, s'éloigner de ce que leurs dénominations respectives nous suggèrent à priori.

En gardant cette idée en tête, en essayant de nous débarrasser de ce que les mots nous évoquent, nous aborderons en premier lieu le registre dit 'du Réel' qui, au passage, illustrera bien le type de confusions auxquelles on s'expose si l'on ne prend pas le genre de précautions dont je viens de parler.


Le terme 'Réel' ne fait pas référence à une notion réaliste, à un postulat sur le monde, que l'on parle du monde tel qu'il est perçu par l'homme ou du monde tel qu'il existerait en-dehors de toute perception. Que du contraire. Dans une approche qui pourrait sembler paradoxale, Le Réel, pour Lacan, est toujours défini comme l'impossible.
Le réel est impossible à voir, à dire ou à entendre (puisque 'voir', 'dire' et 'entendre' impliquent une symbolisation) ; le Réel c'est du « toujours-déjà-là », il « cause tout seul », c'est « une ponctuation sans texte ». Le sujet baigne dans le Réel, ou plutôt baignerait dedans sans la barrière du Symbolique...
Le Réel, pour Lacan, ne se conçoit pas sans la barrière du Symbolique, qui fonde pour le sujet sa perception du monde.

[ En m'éloignant peut-être un peu plus des textes que je ne devrais le faire, je me risquerais à dire qu'il il ne s'agit pas d'un monde extérieur au sujet, en dehors de toute perception ou même d'un monde existant indépendamment de tout sujet. Ce n'est pas de ça qu'on parle, il n'est, encore une fois, pas question ici d'un postulat sur le monde. Il est question d'un monde en rapport avec le sujet, un monde 'perçu', ou peut-être serait-il plus juste de dire 'vécu' par le sujet MAIS en-dehors de toute symbolisation. On ne peut pas parler de Réel sans symbolisation, le Réel c'est ce que nous traitons à travers la symbolisation ; nous 'percevons', le mot est important, nous percevons le Réel à travers la barrière du Symbolique. Et c'est là justement ce que le Réel a d'impossible « à voir, à percevoir et à entendre », puisque notre rapport au monde passe par le Symbolique.

Il est sans doute difficile de comprendre qu'un de ces trois registres ne puisse se définir sans un autre mais c'est justement une idée fondamentale de la pensée lacanienne : les trois registres ne tiennent que s'ils sont intriqués...
Ça n'est sans doute pas très clair mais ça ne peut pas l'être avant que nous ayons abordé les deux autres registres, j'espère que les choses s'éclairciront quelque peu une fois que nous aurons bouclé la boucle...]

L'Imaginaire : Le registre de l'Imaginaire a quelque chose du moi dans la topique freudienne, c'est un ensemble d' « accessoires qui s'accrochent au sujet comme la panoplie d'un déguisement perpétuel ». Ce serait le registre de tout ce qui, à travers des processus tels qu'identification, introjection et projection, vient constituer et définir de manière toujours incomplète - et toujours renouvelée - le 'moi'. C'est un habillement, dis Catherine Clément, un habillement protecteur qui met le sujet hors d'atteinte ( puisque – et il est important de le noter, Lacan prend bien soin de distinguer 'moi' et 'sujet').

Le Symbolique, enfin, est l'instance déterminante, qui gère le tout. Le Symbolique nous pré-existe. Si le Réel est de l'ordre du 'toujours-déjà-là', instant par instant, hors-durée, le Symbolique, lui, dure depuis toujours. Catherine Clément nous fait remarquer que, avant même sa naissance – ou même sa conception, pour éviter un débat inutile ici – chacun de nous (chaque sujet) tient sa place dans une lignée familiale, est pris dans quelque chose sur lequel personne n'a de prise. Mais le Symbolique, ce n'est pas seulement un roman familial. C'est en fait de la relation de l'homme au langage dont il est question, de ce langage auquel nous sommes inévitablement liés et qui embrasse toute l'activité humaine. Nous somme régis, voire subvertis, asservis au langage ; c'est ce que Lacan exprime en nous qualifiant de 'parlêtres'. Nous sommes ici dans le domaine des signifiants, des mots (ou plutôt de leur enveloppe), de tout ce qui se joue autour d'eux et de la manière dont nous organisons notre perception du monde à travers eux. Et j'en profite pour ramener ce que nous avons déjà entendu lorsque nous parlions du registre du Réel : le Réel pour Lacan ne se conçoit pas sans la barrière du Symbolique - qui pré-existe pour tout sujet à sa naissance – et c'est cette barrière Symbolique qui fonde pour le sujet la perception du monde.

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Bibliographie succinte :

Le séminaire, Livre I : Les écrits techniques de Freud – Analyse du discours et analyse du moi, J.Lacan, Seuil, 1975
Retranscription de l'exposé oral dont le texte précédent est tiré, disponible sur
http://perso.numericable.fr/~desylvie/sem01/07Sem1.htm
Le séminaire, Livre I : Les écrits techniques de Freud – La topique de l'imaginaire, J.Lacan, Seuil, 1975

Essais de psychanalyse – L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi, M.Klein, Payot, 1976
Psychoptique, Laurence Roux-Dufort, juin 2003. Disponible en ligne à l’adresse suivante :
http://www.psy-desir.com/textes/article.php?id_article=0172

Vies et légendes de J.Lacan, Catherine Clément, Livre de poche

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Ça vous apprendra à me demander sur quoi j'ai travaillé ces derniers jours... :p

Posté par 101010 à 03:25 - Humain - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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