25 novembre 2004
Lyng Lun
Le plus ancien écrit 'musicologique' connu vient de Chine et date de 2500 ans avant l'Autre.
Il est dû à Lyng Lun et propose un système de cinq notes issu de la
musique de l'époque et qu'il déduisit des rapports de vibrations entre
les notes. Il leur donna également des noms empruntés à la hiérarchie
sociale chinoise :
- Kong
- Sjang
- Kya
- Tsji
- Yu
Nous ne saurons jamais comment il aboutit à ce système pentatonique,
tout comme nous ne saurons jamais rien du développement de la musique
indoue qui était reglementée par une caste de prêtres qui interdisait
de retranscrire des notes sur papier...
10 novembre 2004
Guide de la Jam Session
Toujours voulu tout savoir des mécanismes qui sous-tendent les jam sessions ? Cet article est pour vous.
Morceaux choisis :
"Le saxophone : les saxophonistes pensent qu'ils sont les musiciens les
plus importants sur scène. En conséquence, ils sont imprévisibles et
possessifs. Ils connaissent tous les plans de Coltrane et du Bird mais
ont leur propre son, un mélange de Coltrane et du Bird. Ils prennent
des solos d'une longueur exceptionnelle, qui atteignent un sommet à
mi-chemin et ne s'arrêtent plus. Ils s'entraînent de façon silencieuse
mais audible pendant que les autres essaient de jouer. Ils sont
obsédés. Les saxophonistes dorment avec leur instrument, oublient de
prendre leur douche et ont la pelade. Si vous parlez au saxophoniste
pendant la pause, vous entendrez beaucoup d'excuses sur ses anches."
"La guitare : les guitaristes de jazz ne sont jamais très heureux. Tout
au fond d'eux-mêmes, ils veulent être des rock stars, mais ils sont
vieux et gras. En guise de protestation, ils portent les cheveux longs,
rôdent à la recherche de groupies, boivent beaucoup et jouent trop
fort. Les guitaristes détestent les pianistes parce qu'ils peuvent
jouer dix notes à la fois, mais les guitaristes se font une raison en
jouant aussi vite que possible. Plus un guitariste boit, plus il monte
le volume de son ampli. Alors le batteur se met à cogner plus fort et
le trompettiste puise dans son arsenal fort et aigu. Soudain, l'univers
du saxophoniste s'écroule, parce qu'il n'est plus le musicien le plus
important sur scène. Il remballe son sax, abîme sa meilleure anche dans
sa précipitation et sort de la pièce en trombe. Le pianiste fait tout
ce qu'il peut pour ne pas rire. Si vous parlez au guitariste pendant la
pause, il vous posera des questions intimes sur votre sœur de quatorze
ans."
"La chanteuse : Elle fait un clin d'œil au sax qui
manque de cracher. "Les copains, vous connaissez 'Summertime' ?" On
ressent un frisson collectif. "Quelle tonalité ?" demande le pianiste
qui sait qu'elle ne saura pas répondre. Son vernis tombe momentanément
; elle est en difficulté. Elle ne s'est pas préparée pour la jam en
s'entraînant ou en recherchant les bonnes tonalités, mais en achetant
une nouvelle tenue et en se faisant coiffer.
Mais elle vient
d'avoir une idée. Elle dit avec une nonchalance étudiée : "Tu sais
bien, la tonalité normale." Il y a un grognement collectif. "Normale ?"
demande le pianiste. "Pas déca ?" Les autres embrayent. "Pas sans plomb
?" demande le saxophoniste. "Pas à la fraîcheur mentholée ?" demande le
batteur. "Pas extra large ?" demande le tromboniste. "Pas la formule
super-puissante avec de possibles effets secondaires comprenant
nausées, maux de tête et sécheresse de la bouche ?" demande le
bassiste. Tous se tournent vers lui et le dévisagent étonnés. Le
trompettiste n'aurait pas dû partir si tôt. C'est trop comique.
Elle est maintenant au bord des larmes. Tout ce qu'elle peut faire,
c'est commencer à chanter et elle atterrit à mi-chemin entre deux
tonalités. "Charmant," marmonne le pianiste. "Explorations de
'Summertime' au quart de ton. Si mineur et demi. Do mineur moins. La
rencontre de John Cage et de Liza Minelli, de Ravi Shankar et de
Barbara Streisand. Bon, madame, je vais t'aider - excusez-moi, les
mecs. Ce n'est pas parce que je suis brillant que je suis sans cœur. On
y va en do mineur et voilà la note de la mélodie. Maintenant, chante,
joue, ou fais ce que tu dois faire."
L'orchestre les rejoint et
elle se fraie un chemin à travers les deux choruses de la chanson. Sa
voix est agréable, mais à peine discernable sous des inflexions
aléatoires qui sont son "bagage jazz." La fin de la mélodie approche.
"S'IL TE PLAIT, PAS DE SCAT ! S'IL TE PLAIT, S'IL TE PLAIT !" implorent
en silence les musiciens. Elle scatte. Avec des shooby-doos, des pleurs
perçants, des gémissements gutturaux, des torsions et des grimaces, des
poses pour photographes. Elle sourit à l'orchestre, les invitant à
ressentir l'esprit. Ils lui renvoient des regards vides. Finalement, le
saxophoniste n'en peut plus. Il débute bruyamment un solo, en pointant
son instrument vers elle. Le groupe se lance dans une improvisation de
vingt minutes et la musique est bonne. Ils ont, une fois de plus,
trouvé un ennemi commun. Il y a à nouveau de la joie, du chagrin et de
la colère. Cette fois, ils ne sont pas en colère contre vous ..."
L'article original
La traduction Fr sur www.citizenjazz.com
28 octobre 2004
Achever l'inachevé...
Envoyé par Psyché en commentaire au post précédent :
"La 14ème et dernière fugue, l'inachevée, l'a quand même été par un maître du clavecin, Davitt Moroney.
Entre
autres, d'ailleurs. Il n'a pas été le seul à s'atteler à l'énigme (qui
n'en est pas vraiment une puisqu'il y a les 13 précédentes parties qui
permettent de reconstruire la dernière sans trop de risque de se
tromper).
C'est paru en 1985/2001 pour le double CD, chez Harmonia Mundi et c'est excellent..."
Construction musicale : la fugue
La fugue est une évolution par rapport au canon. Si, dans le canon, on
œuvre toujours sur un seul thème « torturé » dans tous les sens pour
voir comment il interagit avec lui-même, dans la fugue on peut trouver
plusieurs thèmes.
La fugue est plutôt une progression qu'une répétition.
La première voix se présente et annonce le thème de base.
La seconde voix arrive ensuite quatre tons plus haut ou trois tons plus
bas pour compléter le thème. Lorsque la première voix a terminé son
premier thème, elle attaque un contre-thème.
La troisième voix peut
alors apparaître et jouer sur le thème de la première voix, celui de la
seconde voix ou le contre-thème de la première voix.
Les combinaisons sont plus complexes.
Au final, une fois que chaque voix a exploré sa zone et les
interactions avec les autres zones, tout le monde se retrouve au point
de départ et on rappelle le thème premier.
L'une des plus belles
architectures de fugue est celle de l'Offrande musicale de Bach. Comme
beaucoup de fugues, elle part en do mineur. Mais à la fin, par un tour
de passe-passe qui n'a d'égal que ceux des prestidigitateurs, le
morceau se termine en ré mineur. Et ce sans que l'oreille de l'auditeur
puisse repérer le moment de la transition !
Grâce à ce système de «
saut » d'une tonalité, on pourrait continuer à l'infini à répéter
L'Offrande musicale sur toutes les notes de la gamme. « Ainsi en est-il
de la gloire du roi qui ne cesse de monter en même temps que la
modulation », expliquait Bach. Bach dont le nom signifie par le
meilleur des hasards « ruisseau » en allemand.
Le summum de l'œuvre
fuguesque est L'Art de la fugue, dans lequel Bach, juste avant de
mourir, a voulu expliquer au commun des mortels sa technique de
progression musicale, en partant de la simplicité pour aller vers la
complexité absolue. Il a été cependant arrêté en plein élan par des
problèmes de santé (il était presque aveugle). Cette fugue est donc
inachevée.
Notons cependant que Bach l'a signée en utilisant les
quatre lettres de son nom pour en faire l'un des derniers thèmes
musicaux. En allemand, B correspond à la note si. A correspond au la, C
au do et quant au H, il signifie si simple (contrairement au B qui est
un si bémol).
Bach = si bémol, la, do, si.
Bach était à l'intérieur même de sa musique et comptait sur elle pour s'élever comme un roi vers l'infini.
Bernard Werber, ESRA
26 octobre 2004
Construction musicale : le canon
En musique, le « canon » est une structure de construction musicale
très intéressante. Exemples : « Frère Jacques » ou « Vent frais, vent
du matin » ou « Maudit sois-tu carillonneur » ou le « canon de
Pachelbel ».
Le canon est construit autour d'un thème unique dont on explore toutes les facettes en le confrontant à lui-même.
Au début, la première voix présente le thème. Puis après un temps
prédéterminé, la seconde voix répète ce thème. Une troisième voix le
reprend encore.
Pour que l'ensemble fonctionne, il faut que chaque note puisse jouer trois rôles.
1 - Fabriquer la mélodie de base.
2 - Ajouter un accompagnement à la mélodie de base.
3 - Ajouter un accompagnement à l'accompagnement et à la mélodie de base.
Il s'agit donc d'une construction à trois niveaux où chaque élément est
à la fois vedette, second rôle et figurant selon son emplacement.
On peut sophistiquer le canon sans ajouter une note, simplement en modifiant la hauteur dans les aigus et dans les graves.
On peut encore sophistiquer le canon en faisant démarrer la deuxième
voix d'une demi-octave. Si la première voix est en do, la seconde sera
en sol. Si la première voix est en ré, la seconde sera en la. Si la
première voix est en mi, la seconde sera en si.
On peut toujours
sophistiquer le canon en intervenant sur la rapidité du chant. Plus
vite : pendant que la première voix interprète la mélodie, la deuxième
voix la répète deux fois à toute vitesse. Plus lentement : pendant que
la première voix interprète la mélodie, la deuxième voix l'interprète
deux fois plus lentement.
La troisième voix pourra de même
augmenter ou diminuer encore le thème. Ce qui donnera un effet
d'expansion ou de concentration.
On peut encore sophistiquer le canon en inversant la mélodie.
Chaque fois que l'on monte dans le thème principal, la deuxième voix descend. Et ce pour toutes les notes du thème.
La technique de canon la plus complexe est celle du « canon à écrevisse
», ainsi nommé parce que les notes se déplacent comme des écrevisses :
à reculons.
Certains canons sont de véritables énigmes où il est
très difficile de découvrir la loi modifiant le thème principal. Bach
était très friand de ce genre de « jeu ».
Bernard Werber , ESRA